L'ex-Premier ministre se lance
Jordan Bardella, la France qui fait peur à Edouard Philippe

L'ancien premier ministre français a lancé sa campagne présidentielle ce dimanche à Paris. Mais Edouard Philippe a un énorme probléme: la France de Jordan Bardella, cette génération RN, ne veut pas de lui.
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Edouard Philippe tient ce dimanche 5 juillet à Paris son premier meeting de campagne présidentielle.
Photo: AFP

En bref

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  • Édouard Philippe a lancé ce 5 juillet sa campagne présidentielle à Paris, marquant son retour sur la scène politique.
  • En parallèle, Jordan Bardella, président du Rassemblement national, se positionne comme un acteur clé de la présidentielle, surtout si Marine Le Pen est déclarée inéligible le 7 juillet.
  • Jordan Bardella domine les sondages avec 35 à 40 % d'intentions de vote pour le premier tour contre 15 à 17 % pour Édouard Philippe.
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

La France que redoute Edouard Philippe a un visage: celui de Jordan Bardella. Pourquoi focaliser sur le jeune président du Rassemblement national (RN, droite nationale populiste), le jour où l'ancien Premier ministre français (2017-2020) vient de lancer sa campagne présidentielle à Paris? C'est en effet ce dimanche 5 juillet qu'Edouard Philippe (55 ans) a concrétisé son ambition politiqu autour d'un slogan «Croire en nous».

L'intéressé a pris la parole à l'Adidas Arena, au nord de Paris, près de la banlieue populaire de Saint-Denis. Or c'est à Saint-Denis qu'a grandi celui qui incarne une toute autre réalité nationale: Jordan Bardella (30 ans), assuré d'être lui aussi candidat à la présidentielle si Marine Le Pen est empêchée de se présenter par la justice. Le jugement de Mme Le Pen dans l'affaire de détournement de fonds publics du Parlement européen est attendu ce mardi 7 juillet, avec, à la clé, une possible peine d'inéligibilité.

Édouard Philippe, le technocrate

Jordan Bardella – Edouard Philippe: le contraste ne pourrait pas être plus grand. Avec les autres candidats de droite ou du centre déjà déclarés, le fossé est moins profond. Jordan Bardella partage ainsi avec Gabriel Attal, autre ex-chef de gouvernement d'Emmanuel Macron (2024), une même classe d'âge et une même passion pour les réseaux sociaux, sur lesquels tous deux sont très populaires. Bardella, député européen depuis 2019, partage par ailleurs pas mal d'idées communes avec le candidat de la droite traditionnelle, Bruno Retailleau, président du parti «Les Républicains». Retailleau représente une droite provinciale, catholique, anti-immigrés, portée vers l'autorité. Des valeurs que «Jordan», comme le nomment ses partisans, arbore également.

Avec Edouard Philippe, en revanche, rien de commun. Le maire du Havre, réélu en mars dernier pour un second mandat à la tête du grand port normand, est un pur technocrate. Ancien élève de l'Ecole nationale d'administration (ENA), il a intégré, à sa sortie, le prestigieux Conseil d'Etat, la plus haute juridiction administrative de la République. Et même s'il s'est employé, au début de son premier meeting de campagne, à rappeler les racines populaires de sa famille normande, le candidat peine à convaincre qu'il peut vraiment rompre avec son parcours élitiste «formaté».

Edouard Philippe, qui a grandi en partie en Allemagne où ses parents furent un temps enseignants, est un pro-européen convaincu, à la manière de Macron. Il défend, sur le plan économique et budgétaire, une politique d'austérité qui plaît à Berlin, où l'on s'inquiète de la progression inarrêtable de la dette publique française, qui a atteint en juin le chiffre record de 3536 milliards d'euros. Une dette qu'il a toutefois contribué à creuser, notamment avec le «quoi qu'il en coûte», cette avalanche de subventions durant la pandémie de Covid en 2020.

Bardella et les sondages

Jordan Bardella cartonne dans les sondages. Il est de loin la personnalité politique préférée des Français, avec 35 à 40% d'intentions de vote au premier tour de la présidentielle s'il se présente. Edouard Philippe est loin derrière, avec 15 à 17% des intentions de vote. Vingt points d'écart! Plus grave: selon un sondage Odoxa publié le 4 juillet par «Le Figaro», l'ancien Premier ministre est mal placé pour incarner une rupture avec le macronisme.

Cinquante-sept pour cent des Français ont une «mauvaise opinion» de lui, et 64% estiment qu'il est mal placé pour incarner une rupture avec le macronisme. Son seul avantage est de devancer actuellement, dans tous les sondages, ses rivaux du centre et de la droite pour l'élection présidentielle. Ce qui lui ouvrirait la porte d'un second tour face au candidat du Rassemblement national: soit Marine Le Pen, soit… Bardella.

L'autre hantise d'Edouard Philippe, souvent présenté comme le candidat «de la raison» et du socle macroniste (même si ses relations avec le président se sont distendues), a été illustrée samedi 4 juillet à Liévin, dans le Pas-de-Calais, fief du bassin minier et sanctuaire électoral de Marine Le Pen, députée de ce département nordiste. Là, Jordan Bardella, que l'on dit tenté par un rapprochement avec la droite traditionnelle et avec les grands patrons français, a redit son «total soutien» à la cheffe des députés RN. Bardella a multiplié les efforts pour apparaître en phase avec l'électorat populaire de son parti.

Il a surjoué son rôle de candidat du peuple, en martelant la question assurée de fâcher Édouard Philippe: «Qu'avez-vous fait?» Bien joué et bien vu. Car l'ancien Premier ministre est l'homme qui a mis, durant l'hiver 2018, les «Gilets jaunes» dans la rue avec sa proposition de limiter la vitesse à 80 km/h sur les routes départementales et de surtaxer le carburant diesel. Pas un mot, d'ailleurs, sur cette fracture que fut la crise des «gilets» au début de la présidence Macron. Et trés peu, en général, sur le «comment», à savoir les mesures qu'il juge indispensable de prendre pour redresser la France. Tout juste a-t-il récusé de vouloir seulement du «sang et des larmes». «Plutot de la sueur et de l'effort» a asséné le maire du Havre.

Bardella et les jeunes

Reste l'adversité. Or en face, Jordan Bardella a une autre carte maîtresse. Il est un candidat apprécié de la jeunesse de droite. Il est une vedette sur TikTok et Instagram. Il partage les codes de cette génération. Il n'est pas un ancien élève des grandes écoles parisiennes. Il a grandi à Saint-Denis, dans un quartier populaire où la gauche radicale est aujourd'hui majoritaire, sur fond de vote communautaire de la population d'origine immigrée. Cela fait beaucoup pour Édouard Philippe, qui pâtit des mêmes faiblesses que son mentor Alain Juppé.

En 2016-2017, en effet, ce dernier dirigeait la campagne présidentielle du maire de Bordeaux, ex-Premier ministre de Jacques Chirac. Echec sur toute la ligne. Juppé avait perdu face à François Fillon, ensuite battu par Emmanuel Macron et Marine Le Pen dans les urnes. Dix ans après, la France de Bardella est un obstacle qu'Édouard Philippe aura le plus grand mal à surmonter. Même si son premier meeting, ce dimanche, a exhorté les Francais à «croire en lui» pour les deux tours de scrutin, le 18 avril et le 2 mai 2027.

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