Vous détestez déjà le G7? Il faut bien reconnaître que les raisons ne manquent pas. Un déluge de dépenses (le sommet de 2003, à Evian, avait coûté près de trente millions d'euros à la France). Une réunion des pays les plus riches (Italie, France, Allemagne, Japon, Canada, Etats-Unis, Royaume-Uni, plus l'Union européenne), très loin de représenter la réalité du monde de 2026. Une rencontre entre soi-disant alliés, alors que les Etats-Unis piétinent littéralement l'OTAN, l'Alliance atlantique, et ne cessent de s'en prendre à l'Europe. Et pourtant, les arguments en faveur de ce sommet méritent d'être entendus.
Le multilatéralisme, c'est ça
On ne peut pas défendre le multilatéralisme, c'est-à-dire la coopération internationale, sans reconnaître que ce type de sommet a ses mérites. Le club des pays les plus riches, lancé en 1979 par la France, a beau avoir perdu de son magistère, il demeure une enceinte de collaboration entre égaux. Le G7 n'a pas de secrétariat. Il n'est pas une institution.
Il permet aux démocraties qui en sont membres de partager leurs préoccupations face au reste du monde. La Chine dispose du même type de sommet (élargi) avec l'Organisation de coopération de Shanghai. On pense également au Forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC), qui se réunit chaque année en novembre. Le G7 n'est pas le club des maîtres du monde. S'il devait disparaître, d'autres sommets prendraient le relais.
L'Europe est majoritaire
N'oublions pas cet aspect: le G7 est un club au sein duquel les pays européens sont les plus nombreux, appuyés de surcroît par la présence des présidents de la Commission européenne et du Conseil européen (l'instance qui représente les dirigeants des 27 Etats membres).
Dans quelle autre instance internationale les Européens disposent-ils d'un poids similaire? Aucune. Conserver le format du G7, c'est permettre au Vieux Continent de garder l'initiative. Cela fonctionne ou non. On peut en douter sous la présidence Trump. Mais en 2028, ce dernier quittera la Maison-Blanche.
L'économie, mais pas que...
Le G7 n'est pas le Forum de Davos. Pendant les années 1990 et 2000, le mouvement altermondialiste s'en est pris vivement à ces sommets des pays les plus riches, accusés d'incarner la mondialisation capitaliste et financière. Vrai? Oui. Mais les choses ont changé. Les dirigeants des grands pays émergents sont régulièrement invités. Le G20, qui regroupe les vingt premières économies de la planète, a été créé en septembre 1999 (son prochain sommet devrait avoir lieu à Miami, aux Etats-Unis, du 14 au 15 décembre 2026). Les organisations de la société civile sont conviées avant chaque sommet. Un artifice? Peut-être. Mais c'est toujours mieux que l'opacité totale.
Un format qui peut évoluer
La Russie a, un temps, rejoint le G7, qui avait alors été rebaptisé G8. Cela s'est terminé en 2014, lorsque la Crimée ukrainienne a été annexée par Moscou. La Chine, invitée, a décliné. L'Inde frappe à la porte. La bonne nouvelle est donc que le G7 n'est pas un club fermé dont le format est figé. Il peut évoluer.
Des invitations ponctuelles sont lancées, comme celle adressée par la France au président de la Confédération, Guy Parmelin, qui sera à Evian le 16 juin. Le G7 présente des opportunités.
Une chance pour la paix
La capacité du G7 à faire plier Donald Trump à propos de l'Iran est évidemment illusoire. Reste la possibilité d'y faire avancer des discussions, comme celle sur la sécurisation maritime du détroit d'Ormuz. Rappel historique: en 2019, à Biarritz, Emmanuel Macron avait invité le ministre iranien des Affaires étrangères, un an après la dénonciation par les Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire négocié avec la République islamique en 2015. Qui sera l'invité surprise à Evian?
Prochain épisode: cinq raisons d'en finir avec ce G7 inutile