La chronique de Léonore Porchet
1291 ou 1971, quelle date célèbre vraiment la Suisse moderne?

La conseillère nationale verte (VD) Léonore Porchet aime le 1er Août. Mais que célébrons nous vraiment durant la fête nationale?
Chaque 1er Août, une question revient à Léonore Porchet: que célébrons-nous exactement?
Photo: Blick
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Léonore PorchetChroniqueuse Blick - Conseillère nationale verte (VD)

J'aime le 1er Août. J'aime les tables dressées au milieu des villages, les lampions des enfants, les serviettes à motifs rouges et blancs, les discussions qui se prolongent jusque tard dans la soirée, le feu autour duquel on se retrouve. C'est une belle fête populaire. Mais chaque année, une question me revient. Que célébrons-nous exactement?

Le récit officiel nous ramène à 1291, au Pacte fédéral, au Grütli. Une histoire fondatrice, certes. Mais aussi un récit largement reconstruit au fil des siècles. Comme celui d'une Suisse éternellement neutre, que certaines personnes cherchent aujourd'hui à figer dans la Constitution. Nous aimons les mythes nationaux. Parfois un peu trop. La Suisse que nous connaissons aujourd'hui ne s'est pas construite en un soir d'été au bord d'un lac. Elle s'est construite par des choix de collaboration entre régions et des décisions démocratiques.

La Suisse entre dans l’ère de la démocratie

S'il fallait choisir une date qui raconte vraiment la Suisse moderne, je proposerais volontiers le 7 février 1971. Ce jour-là que les Suissesses, organisées et déterminées, ont enfin arraché aux hommes suisses le droit de vote au niveau fédéral, près de 100 ans plus tard que les premiers pays européens et après des années de lutte.

Ce n'est pas une anecdote de notre histoire. C’est le récit d’une mobilisation remarquable, dont les premières traces historiques remontent à 1847! Sans avoir profité de l’ébranlement d’une guerre ou d’un changement de majorité politique, les femmes suisses et leurs alliés ont fait ce qui n’a été fait nulle part ailleurs: obtenir le droit de vote par vote populaire. Elles ont corrigé une injustice terrible, à laquelle elles n'avaient aucun moyen d'échapper. Elles ont subi moqueries et violences dont il faut se souvenir. Elles se sont mobilisées et ont transformé la Suisse comme jamais.

Voilà donc la date d’une transformation qui mériterait d'être célébrée au moins autant que le 1er Août: l’entrée de la Suisse dans l’ère de la démocratie. Parce qu'une nation qui exclut la moitié de sa population en âge de voter n'est pas une démocratie. Point.

Inégalités du 1er Mai

Ajoutons donc le 7 février comme fête nationale! Et je propose aussi de se demander pourquoi il serait plus étrange de consacrer une journée à celles et ceux qui le font vivre chaque matin? Parce que le 1er Mai, sans devenir pour autant une fête nationale, est un concurrent solide pour obtenir le statut de congé fédéral.

En effet, les travailleuses et les travailleurs ne sont pas une catégorie particulière de la population: ils et elles sont la Suisse! Aujourd'hui pourtant, le 1er Mai est férié dans certains cantons, travaillé dans d'autres. Cette inégalité n'a plus beaucoup de sens. Si nous sommes capables de nous arrêter collectivement pour célébrer un récit national, nous devrions aussi être capables de nous arrêter pour célébrer le travail, les droits sociaux et les progrès qui ont façonné notre pays et permettre de réfléchir ensemble à leur avenir. C’est pour cela que j’ai déposé une motion dans ce sens.

Les fêtes nationales disent toujours quelque chose de ce qu'un peuple choisit de mettre en avant. Pour ma part, je continuerai à célébrer le 1er Août avec plaisir. Mais je rêverais que le 7 février devienne, lui aussi, une date dont chaque enfant suisse connaisse la signification. Et le 1er Mai, un jour férié collectif. Car une nation ne grandit pas seulement en entretenant ses légendes: elle grandit aussi en sachant célébrer les moments où elle est devenue plus juste.

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