En bref
- Une coiffeuse vaudoise avait raconté à Blick avoir coiffé Macklemore lors du Paléo 2025, photo à l'appui.
- Son ancien employé conteste le récit et affirme que le selfie où elle apparait aurait été retouchée.
- Les deux coiffeurs ont une version différente du déroulé de la soirée.
- L'analyse des photos par Blick, révèle des indices de retouche sur une des deux. Paléo réagit également.
Cette histoire devait être légère et bon enfant, à l’image de notre série d’été consacrée aux festivals. Elle a pourtant pris une tournure inattendue. Le 23 juillet dernier, Blick racontait l’anecdote étonnante de la fondatrice des salons de coiffure vaudois Salon Privé. Justine Levesque expliquait avoir été appelée, lors du Paléo 2025, un peu plus d’une heure avant le concert de Macklemore pour venir coiffer le rappeur américain… alors qu’elle se trouvait à la piscine de Pully. Elle disait avoir réussi cette course contre la montre. Selfie à l’appui.
A première vue, cette histoire avait parfaitement sa place dans notre appel à témoignages consacré aux expériences les plus folles vécues par les festivaliers. Mais le dimanche 26 juillet, la rédaction de Blick a été contactée par un ancien employé de la coiffeuse vaudoise. Marinel Boshnjaku affirme être la personne qui apparaît sur la photo originale. Selon lui, l’image aurait été retouchée pour le remplacer par son ancienne patronne.
«Elle raconte mon histoire»
C’est une ancienne collègue qui transmet l’article de Blick à Marinel Boshnjaku. Le coiffeur confie être sidéré. «Quand je l’ai lu, j’ai été choqué de voir qu’elle racontait mon histoire. Je dois protéger mon travail et mon image, c’est pour cela que je vous ai écrit.» Comme Blick l’indiquait dans son premier article, Marinel Boshnjaku confirme que Paléo a bien contacté Justine Levesque alors qu’elle se trouvait à la piscine. Mais à partir de là, leurs récits divergent totalement.
Marinel Boshnjaku affirme qu’il se trouvait au salon de Chailly lorsque le compagnon de Justine Levesque l’a appelé pour lui annoncer que Macklemore avait besoin d’un coiffeur. Sa patronne serait alors venue le chercher en voiture avant de prendre la direction de Paléo. A environ 800 mètres de l’entrée, la circulation se bloque. «Comme nous étions en retard, Justine m’a déposé. Une personne de l’organisation de Paléo m’a alors pris en charge. A partir de ce moment-là, je n’ai plus revu mon ancienne patronne. Elle est restée dehors», assure-t-il. Le coiffeur se souvient avoir été à la fois nerveux et impatient à l’idée de rencontrer la star américaine.
Selon son récit, il entre ensuite seul dans la loge de Macklemore pour lui rafraîchir la coupe. Le rappeur se montre «très simple et sympathique», mais le temps presse: Marinel Boshnjaku ne dispose que de quinze minutes. Une fois la prestation terminée, le coiffeur refuse de laisser passer une telle occasion et aurait alors demandé une photo à l’artiste. «Il a accepté et c’est lui qui a pris mon téléphone. On le voit d’ailleurs à la manière dont la photo est cadrée: ce n’est pas moi qui tiens l’appareil», raconte-t-il.
… Et un licenciement
Marinel Boshnjaku affirme avoir retrouvé Justine Levesque seulement après être sorti de la loge. «D’après ce qu’elle m’a dit, elle avait essayé d’entrer», explique-t-il. Sans succès, selon sa version. Tous deux auraient ensuite profité d’un accès VIP au festival. Marinel Boshnjaku publie alors la photo sur ses propres réseaux sociaux en tagguant son employeur, le Paléo ainsi que Macklemore. Le cliché est toujours disponible sur le compte Instagram du coiffeur, datée du 22 juillet 2025, date du concert.
Quelques mois plus tard, les relations entre les deux coiffeurs se détériorent. Marinel Boshnjaku est licencié, l’affaire est toujours en cours aux Prud’hommes. Le coiffeur a demandé au salon de ne plus utiliser son image sur ses réseaux sociaux. Ils s'exécutent. Puis, il découvre une autre version du selfie. Cette fois, son ancienne patronne apparaît aux côtés de Macklemore. «Il n’y a qu’une seule photo authentique, et c’est la mienne», soutient-il. Le coiffeur n’exclut pas de donner une suite juridique à cette affaire.
La patronne réagit
Contactée par Blick pour s’expliquer, Justine Levesque dit «tomber des nues et halluciner». La fondatrice de Salon Privé maintient qu’elle était présente dans la loge de Macklemore. Elle reconnaît toutefois un élément absent de son premier récit: Marinel Boshnjaku l’accompagnait bien ce jour-là.
Pourquoi ne pas l’avoir mentionné dès le départ? La coiffeuse invoque la dégradation de leur relation professionnelle. «Je me suis demandé si Marinel allait m’en vouloir de récolter les lauriers alors qu’il était aussi présent. Mais comme il ne travaille plus pour nous et que cela s’est mal terminé…»
Elle explique avoir choisi de l’emmener pour lui faire profiter de cette occasion. «J’ai voulu lui laisser la place afin qu’il puisse vivre cette expérience, mais c’est uniquement moi qui devais y aller au départ», affirme-t-elle. Au fil de l’échange, Justine Levesque reconnaît également que c’est bien Marinel Boshnjaku qui a passé la tondeuse dans les cheveux de Macklemore. Elle assure toutefois avoir participé à la prestation, notamment en plaçant le tour de cou autour du chanteur.
La fondatrice insiste aussi sur le fait que cette rencontre n’aurait pas été possible sans elle. «C’est moi qui avais obtenu le contact et qui lui avais proposé de m’accompagner afin que nous vivions cette expérience ensemble. C’est pour cela que je trouve la situation difficile. Il n’y serait jamais allé si je ne l’avais pas intégré à cette démarche.» Au contraire de Marinel Boshnjaku, le selfie de Justine Levesque n’a pas été posté le jour même de l’événement, mais le 20 juillet dernier. Pour la fondatrice, la raison est simple: «Comme Marinel voulait être mis en avant, je me suis dit que je pouvais lui laisser la vedette. Cela ne me dérangeait pas de ne pas apparaître. L’essentiel était de montrer que le salon avait coiffé Macklemore.»
Une image truquée?
Reste la question centrale du selfie. «Lui a pris une photo et moi aussi», affirme Justine Levesque. Une explication qui interroge. Sur les deux clichés, Macklemore apparaît exactement dans la même position: même posture, même expression, même orientation du visage et même angle du téléphone. Seule la personne placée à ses côtés change.
Il paraît donc hautement improbable que ces deux images aient été prises séparément sans que le rappeur ne bouge d’un millimètre. Au moins l’un des deux clichés semble avoir été modifié. Justine Levesque maintient que le cliché qu’elle a transmis à Blick n’a pas été retouché. Tout comme Marinel Boshnjaku.
Du côté de Blick, les deux images ont été examinées par notre cellule spécialisée dans la vérification des contenus ainsi que par Arthur Cocho, rédacteur image à «L’illustré». Leur analyse fait apparaître davantage d’indices de retouche sur la photo transmise par Justine Levesque. Plusieurs éléments attirent l’attention. La texture de l’image montre un grain de peau très différent entre la Vaudoise et l’artiste américain. Certains faisceaux lumineux de l’affiche en arrière-plan s’interrompent brutalement à l’endroit où se trouvait Marinel Boshnjaku sur l’autre cliché. Les outils d’analyse relèvent également davantage d’anomalies autour du visage de la coiffeuse.
D’autres détails renforcent les soupçons. La texture des stores visibles à l’arrière-plan disparaît sur sa photo. Le contour de l’épaule de Macklemore semble avoir été découpé, avec une portion manquante et une bosse inhabituelle. Enfin, plusieurs points lumineux apparaissent grossièrement floutés sur le visage de Macklemore. Ces anomalies peuvent être compatibles avec un photomontage ou avec l’utilisation d’un outil de retouche assisté par intelligence artificielle. Elles ne suffisent toutefois pas, à elles seules, à prouver avec certitude que la photo a été modifiée.
Qu’en dit Paléo?
Contacté par Blick, Paléo affirme que Justine Levesque était bien présente ce soir-là. Mais selon le festival, c’est son ancien collègue qui a coiffé Macklemore. Dans leur souvenir, la patronne n’était pas présente dans la loge du chanteur. Justine Levesque aurait même montré une image à la collaboratrice Paléo qui l’a appelée en urgence: celle de Marinel.
Au vu de la situation cocasse, Paléo continuera-t-il à l’avenir de collaborer avec Salon Privé? «A ce stade, nous n’avons pas pris de décision particulière à ce sujet. Nous ne travaillons pas avec une coiffeuse attitrée et faisons appel à différents professionnels en fonction des besoins ainsi que des demandes des artistes», affirme le festival à Blick. L’organisation ne cache toutefois pas un certain agacement: «De manière générale, nous attendons des collaborateurs et prestataires amenés à travailler au contact des artistes une certaine discrétion ainsi qu’un devoir de réserve. Il s’agit naturellement d’un élément dont nous tiendrons compte dans nos futures collaborations.»
Le festival vaudois reconnaît qu’il peut arriver que certaines personnes exagèrent leur implication dans son organisation, même si ces situations restent rares. De notre côté, nous ne nous attendions pas à devoir mener une telle enquête pour une anecdote qui se voulait légère. Ce qui était parti d’une volonté d’ouvrir les colonnes de Blick aux histoires des festivaliers s’est transformé en une vérification minutieuse, faite de témoignages contradictoires, de recherches et d’analyses d’images. Derrière ce qui devait être un simple souvenir avec Macklemore se cachait finalement une affaire bien moins anodine.