Annulés en 2026, enterrés en 2028?
Avec ou sans sécheresse, les feux d'artifice du 1er Août sont en danger

En raison du risque extrême d'incendie, les feux en plein air ont été interdits dans la majeure partie de la Suisse. La fête nationale du 1er Août devra ainsi composer cette année sans plusieurs traditions dont elle semblait indissociable.
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Le silence devrait régner dans de nombreuses communes en ce 1er Août.
Photo: Keystone
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Marco Lüssi

Selon les dernières données de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), les 26 cantons suisses sont confrontés à un danger d’incendie de forêt élevé à très élevé. Douze cantons ont décrété une interdiction totale de faire du feu, tandis que quatorze autres interdisent les feux en forêt et à proximité des zones boisées. Seules certaines régions des Grisons échappent encore à toute restriction.

Les prévisions météorologiques ne laissent guère espérer un assouplissement des mesures d’ici à samedi prochain. Au contraire, un durcissement des restrictions semble déjà plus probable.

«La situation est très tendue»

Outre son impact dévastateur sur les écosystèmes, cette sécheresse exceptionnelle devrait profondément bouleverser le déroulement de la fête nationale. Les discours officiels pourront bien avoir lieu, mais les traditionnels feux de joie allumés sur les hauteurs devraient être annulés dans de très nombreuses communes. Là où des grillades seront proposées, elles devront être préparées au gaz ou à l’électricité, l’usage du charbon étant interdit dans différents endroits. Quant aux feux d’artifice, ils devraient eux aussi être largement proscrits.

Une situation qui frappe de plein fouet le secteur de la pyrotechnie. «La situation est extrêmement tendue», reconnaît Urs Corradini, président de la Coordination suisse des feux d’artifice (SKF). Les ventes liées au 1er Août représentent à elles seules près des deux tiers du chiffre d’affaires annuel de la branche, une part encore plus importante que celle du Nouvel An.

«Personne n’achète de feux d’artifice»

Si la vente de feux d’artifice n’est pas interdite en tant que telle, la demande, elle, s’est pratiquement évaporée. «Personne n’achète de feux d’artifice lorsqu’il sait qu’il ne pourra pas les tirer», résume Daniel Bussmann, directeur et propriétaire de la fabrique Bugano, à Neudorf, dans le canton de Lucerne. 

Le danger d'incendies de forêt est fort, partout en Suisse romande, et même très fort dans certaines parties du Valais.
Photo: Office fédéral de l'Environnement (OFEV)

Les vendeurs informent désormais systématiquement les clients de la situation. Face à l’effondrement de la demande, Bugano a renoncé cette année à sa traditionnelle vente sous chapiteau, organisée généralement durant la semaine précédant la fête nationale. La boutique en ligne a également été fermée temporairement.

Des décisions comprises par la branche

«Je m’attends à une baisse de chiffre d’affaires de 95%», confie Daniel Bussmann. «Pour nous, le marché du 1er Août n’existe tout simplement pas cette année.» L’enseigne de bricolage Jumbo a elle aussi adapté son offre: les grands feux d’artifice ne sont plus commercialisés et seules quelques pièces de très petite taille restent disponibles dans certains magasins.

Le fabricant dit toutefois comprendre pleinement les décisions des autorités. «La sécheresse est aussi extrême qu’en 2003», rappelle-t-il. Cette année-là déjà, de nombreuses communes avaient célébré le 1er Août sans feux d’artifice. Le scénario s’était reproduit en 2018, toujours pour des raisons météorologiques.

Une interdiction absolue de faire du feu s'applique en Suisse romande et au Tessin. Seule une partie des Grisons est exemptée de mesures restrictives.

Une échéance cruciale pour le secteur

Pour les signataires de l’initiative populaire contre les feux d’artifice, cette situation devrait devenir la norme. Le texte demande l’interdiction générale, en Suisse, de la vente et de l’utilisation des engins pyrotechniques produisant un bruit important. Les auteurs invoquent la protection des animaux (qu’ils soient sauvages, d’élevage ou domestiques), de l’environnement et des personnes particulièrement vulnérables.

Les initiants ne prévoient des exceptions que pour les spectacles pyrotechniques organisés lors de manifestations «d’importance suprarégionale», qui pourraient encore bénéficier d’une autorisation exceptionnelle. Le texte, soutenu par plusieurs organisations de protection animale, sera soumis au vote de la population le 29 novembre prochain.

Du côté des professionnels du secteur, on retient son souffle à l’approche de la votation. «Un «oui» signifierait tout simplement la fin de notre entreprise, mais aussi celle de toute la branche suisse des feux d’artifice», avertit Daniel Bussmann.

Le 1er Août 2028, le dernier avec des feux d’artifice?

Même inquiétude du côté d’Urs Corradini. «Cette initiative aurait des conséquences dévastatrices», estime-t-il. Selon lui, les ventes sont restées stables ces dernières années, preuve que les feux d’artifice répondent toujours à une attente de la population. «Nous appelons à faire preuve de tolérance envers celles et ceux qui souhaitent perpétuer cette tradition suisse, ne serait-ce que deux fois par an.»

En cas d’acceptation de l’initiative, le texte prévoit une mise en œuvre dans un délai de deux ans. Le dernier 1er Août célébré avec des feux d’artifice aurait donc lieu en 2028.

Les communes décident des interdictions

Indépendamment de cette votation, de plus en plus de communes ont déjà pris des mesures ces dernières années en interdisant ou en limitant les feux d’artifice sur leur territoire. Le site Tierschutz-Helfer.ch recense 97 communes concernées, principalement dans les cantons des Grisons et de Zurich.

Les opposants à l’initiative estiment que ces réglementations locales suffisent et qu’il est inutile d’inscrire une telle interdiction dans la Constitution fédérale. Les partisans rétorquent qu’en l’absence d’une règle nationale, les dispositions continueraient de varier d’une commune à l’autre, créant un véritable casse-tête juridique.

La police intervient en cas d’infractions

Reste enfin la question des contrevenants: que risquent ceux qui décideraient malgré tout de faire griller leurs saucisses au feu de bois ou de tirer des fusées le 1er Août? «Lorsque nous recevons des signalements, nous intervenons. Et si nos patrouilles constatent des infractions, nous agissons également», explique Judith Hödl, porte-parole de la police municipale de Zurich.

Les autorités assurent toutefois vouloir faire preuve de discernement. «Nous agirons avec proportionnalité. Nous demanderons d’abord aux personnes concernées d’éteindre leur feu ou de cesser de tirer des feux d’artifice. Mais selon les circonstances, des amendes ou des dénonciations pénales pourront également être prononcées.»

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